Tuesday Intangible: Dripping Titles (with Claude Debussy)

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Claude Debussy playing the piano at Ernest Chausson’s house, Luzancy. Anonymous, 1893.

(Français, English)

Pierrot, lors d’une nuit sans fin, profitait de la rousseur du clair de lune, se promenant dans le jardin No-ja-li et continuant par les bosquets. Puis par la sombre forêt, qui se terminait sur une vaste plaine, un lac en son centre. Même s’il lui arrivait de célébrer le triomphe de Bacchus, ce soir-là il était sobre.

Ce que les reflets dans l’eau montrèrent, il n’aurait su dire s’il s’agissait d’une rêverie ou d’images oubliées 

Le printemps battait son plein. L’isle joyeuse célébrait. Le vent dans la plaine sifflait, la chanson des brises se mêlait aux mélodies des habitants comme une harmonie du soir. La musique semblait apaiser la peine des arbres de la saulaie.

Soir, beau soir ! Quand Diane et Hélène sont présentes, les sons et les parfums tournent dans l’air du soir. Les deux jumelles dansaient deux danses différentes. La première dansait une danse bohémienne tandis que la seconde effectuait une sorte de séguedille. La longue chevelure blonde d’Hélène, ainsi que sa robe, volaient au souffle de l’albe. Tandis que les courts cheveux bruns de Diane restaient fixes, son haut et son pantalon ne bougeaient pas mais apprivoisaient l’aquilon.

Lors de ces fêtes galantes, c’était toujours la fille aux cheveux de lin qui récoltait les baisers. Hélène s’entourait d’un paysage sentimental, et avait pour divertissement un barde ayant traversé Séville et Madrid.

Diane n’en avait que faire. Elle n’écoutait pas de chanson espagnole. Elle traînait avec Daniel, le seul ami qu’elle tolérait parmi les ménestrels. Sa pantomime s’accordait avec lui et sa mandoline, jouée en sourdine, mieux qu’avec les autres. Elle voyait en lui une romance future, mais lui ne s’en rendait pas compte, continuant jour après jour à réciter des proses lyriques.

Ils réalisèrent trop tard que leur parcours jusque-là avait été le promenoir des deux amants. Tous deux avaient porté des masques, des amis prospérant sans s’en rendre compte. Ils n’avaient jamais réalisé d’autre souhait que de se replonger ensemble dans des estampes, d’aller voir les pagodes. Et ce souvenir du Louvre, ses jardins sous la pluie ; ces illuminations de la ville et les feux d’artifice vus de la forêt.

De l’aube à midi sur la mer, du printemps à l’hiver, Daniel et Diane au bois ensembles, leur amitié allant à l’amble, seront interrompus dans leur mouvement, tragédie à la suite de plusieurs nuits blanches – méritant une autre histoire pour la conter convenablement -. Alors qu’ils prenaient conscience de leur attachement, l’innocent coin des enfants n’était plus, les baisers d’amour impromptus ne seraient plus, ils ne se reverraient plus… 

L’eau se calme, la vision de Pierrot s’arrête. Au travers des brouillards virevoltent les feuilles mortes, et résonnent des pas sur la neige dont le vent dans la plaine transporte l’écho. « Quelques aspects de nous n’iront plus au bois parce qu’il y fait un temps insupportable depuis que se sont séparés les chanteurs mélodieux, habitants des buissons que nous étions. », pense-t-il.

Des sirènes on entend : un chant sur l’eau dans la brume ; de doux jeux de vagues dont la sérénade n’est pas une chanson triste ; le sentiment d’une berceuse héroïqueL’eau pure du bassin gardera toujours en vie la fleur des eaux, comme autrefois les roses étaient toutes rouges même lorsque les pensées avaient toutes le spleen.

Pierrot, devant la plus que lente réalisation du temps perdu, mais sans regret, se mit à chanter une ode bachique, une élégie joviale en mémoire de ses plaisants souvenirs ! Et sur les pages d’un cahier d’esquisses – déjà plein de croquis mais toujours inachevé -, dessina ; en blanc et noir captura cette nuit d’étoiles, les vénustés chromatiques de ses nuages gris.

Écrit par Mickaël VillardPour découvrir Debussy, je recommande : les Préludes, courts et variés ; Children’s Corner et la Suite Bergamasque ; Images pour les plus aventureux. Quant à l’interprète, j’apprécie tout particulièrement Michel Béroff.

EN

Pierrot, on an endless night, was taking advantage of the moonlight, wandering in the No-ja-li garden and continuing through the groves. Then through the dark forest, which ended on a vast plain, a lake in its center. Even if he sometimes happened to celebrate the triumph of Bacchus, that night he was sober.

What the reflections in the water showed, he could not tell if it was a dream or forgotten images

Spring was in full swing. The joyous island was celebrating. The wind in the plain was whistling, the song of the breezes was mingling with the melodies of the inhabitants like an evening harmony. The music seemed to appease the trees of the willow plantation.

Evening, beautiful evening! When Diane and Hélène are present, sounds and perfumes turn in the evening air. The two twins danced two different dances. The first danced a bohemian dance while the second performed some kind of seguidilla. Helene’s long blond hair, as well as her dress, flew at the breath of the south wind from Spain. While Diana’s short brown hair remained still, her top and pants did not move but tamed the boreal wind.

At these gallant feasts, it was always the girl with the flaxen hair who collected the kisses. Helene surrounded herself with a sentimental landscape, and had for entertainment a bard who had crossed Seville and Madrid.

Diane did not care. She did not listen to any Spanish song. She was hanging out with Daniel, the only friend she tolerated among the minstrels. Her pantomime was in tune with him and his mandolin, played muted, better than with the others. She saw in him a future romance, but he did not realize it, continuing day after day to recite lyrical proses.

They realized too late that their journey had hitherto been the promenade of the two lovers. Both had worn masks, of friends thriving without realizing it. They had never had any other wish but to go back together dive into etchings, to go back and see the pagodas. And this memory of the Louvre, its gardens in the rain; these illuminations of the city and the fireworks seen from the forest. 

From dawn to noon at sea, from spring to winter, Daniel and Diane in the woods together, their friendship going at an amble, will be interrupted in their movement, tragedy after several sleepless nights – deserving another story to tell it properly -. As they became aware of their attachment, the innocent children’s corner was no more, the impromptu love kisses would no longer be, they would not see each other again…

The water calms down, Pierrot’s vision stops. Through the fog, the dead leaves swirl, and resonate footsteps on the snow of which the wind in the plain carries the echo. “Some aspects of us will no longer go to the wood because the weather has been unbearable there since were separated the melodious singers, the inhabitants of the bushes that we were.” he was thinking. 

From the mermaids is heard: a song on the water in the mist; sweet games of the waves whose serenade is not a sad song; the feeling of a heroic lullabyThe pure water of the basin will always keep the flower of the waters alive, as the roses were all red when the thoughts all had the melancholy

Pierrot, before the more than slow realization of time lost, but without regret, began to sing a bacchanal ode, a jovial elegy in memory of his pleasant memories! And on the pages of a sketchbook – already full of sketches but still incomplete – drew; in black and white captured the starry night, the chromatic elegance of its gray clouds.

Written by Mickaël VillardTo discover Debussy, I recommend: the Preludes, short and varied; Children’s Corner and Suite Bergamasque; Images for the more adventurous. As for the performer, I particularly like Michel Béroff.

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